En 129 ans, la voile a changé de taille, de matériaux et d’ambition. Aux Voiles de Saint-Tropez 2026, nos photos nous ont permis de suivre ce fil à travers sept bateaux : Lulu, Tuiga, Svea, My Song, Atlantic, Royal Clipper et Orient Express Corinthian. Voici l’histoire que leurs silhouettes racontent, au-delà des fiches techniques.
Ce reportage indépendant a été réalisé par Horizon Duo avec ses propres photographies. Il n’est ni officiel ni affilié à l’organisation des Voiles de Saint-Tropez.
Lulu : revenir au point de départ
À l’eau, Lulu n’a rien d’une pièce de musée. Le cotre aurique avance sous une voilure qui oblige le regard à suivre les espars, les écoutes et les gestes de l’équipage. Il a pourtant été construit en 1897, sur les plans de Thomas Rabot, au chantier Texier. Le ministère de la Culture en retrace l’histoire et sa restauration.
C’est notre point de départ : un petit yacht conçu pour naviguer et courir, encore capable de le faire plus d’un siècle après sa mise à l’eau. Il a aussi reçu en 2025 un prix du patrimoine maritime. Sa longévité raconte moins la nostalgie que le travail de ceux qui continuent de l’entretenir et de le faire naviguer.

Photo Horizon Duo — Lulu, le début de notre chronologie.
Le saviez-vous ? Lulu est classé au titre des monuments historiques depuis 1993.
Tuiga : le patrimoine n’a pas cessé de régater
Tuiga arrive douze ans après Lulu dans cette chronologie. Lancé en 1909, ce dessin de William Fife III appartient à la classe des 15 mètres de jauge internationale. Cette appellation désigne une règle de course, pas la longueur de sa coque. Le bateau est aujourd’hui le navire amiral du Yacht Club de Monaco.
De loin, on remarque sa silhouette. De près, on comprend qu’il s’agit toujours d’un voilier de course. La rareté renforce l’émotion : selon le Yacht Club de Monaco, quatre 15 mètres JI naviguent encore. Tuiga porte donc à la fois une histoire collective et l’énergie d’un bateau encore engagé sur l’eau.

Photo Horizon Duo — la silhouette de Tuiga, lancée en 1909.
Svea : un dessin ancien, une construction contemporaine
Le Classe J Svea joue avec notre perception du temps. Ses lignes viennent d’un projet des années 1930 de Tore Holm, mais le yacht a été lancé en 2017. Il mesure 43,60 mètres ; son mât en carbone atteint 53,75 mètres, selon la J Class Association et Sailmon.
Dans le viseur, sa coque semble prolonger l’âge d’or des grands défis de la voile. Le mât et les matériaux racontent pourtant le présent. Svea montre qu’un style historique peut devenir une machine de course neuve, pensée avec les techniques d’aujourd’hui.

Photo Horizon Duo — Svea, Classe J lancé en 2017.
My Song : la vitesse et la mémoire d’un nom
Avec My Song, les courbes se tendent et le carbone s’impose. Ce ClubSwan 80 lancé en 2022 appartient à l’univers des maxis modernes : quille basculante, gréement en carbone et recherche de légèreté. Nautor Swan décrit un bateau conçu pour la performance, mais aussi pour la navigation de plaisance.
Son nom porte une histoire que la photo ne peut pas raconter seule. Un précédent My Song, le Baltic 130 livré en 2016, a été perdu lors de son transport sur un cargo en 2019. Ce n’est pas le bateau de notre reportage. Le ClubSwan 80 photographié à Saint-Tropez est son successeur, et la continuité du nom rend cette rencontre plus forte.

Photo Horizon Duo — le My Song actuel, distinct du Baltic 130 perdu en 2019.
Atlantic : faire revivre le gigantisme classique
Atlantic donne l’impression qu’un grand yacht du début du XXe siècle a traversé le temps. La goélette que nous avons photographiée est pourtant une recréation lancée en 2010. Elle reprend l’esprit de l’Atlantic de 1903, associé à la course transatlantique de 1905. Longue de 64,50 mètres, elle porte trois mâts. L’armateur et le Scheepvaartmuseum d’Amsterdam distinguent clairement l’original du bateau actuel.
Cette distinction est essentielle à notre voyage dans le temps : les bateaux ne sont pas rangés ici par date de construction. Atlantic reprend une ambition ancienne — la grande goélette de course — à une échelle qui remplit encore le paysage.

Photo Horizon Duo — Atlantic, recréation moderne d’une goélette de 1903.
Royal Clipper : cinq mâts, et une technique discrète
Le Royal Clipper change encore de registre. Ce navire de croisière lancé en 2000 mesure 134 mètres et peut porter 42 voiles sur cinq mâts. Inspiré du Preussen, il fait du voyage sous voile un spectacle visible de loin. Star Clippers, son armateur, publie ces caractéristiques.
Ses mâts ne servent pas tous uniquement à porter la toile : les deux mâts arrière intègrent les conduits d’échappement des moteurs. C’est un détail d’architecture navale que nous a confirmé l’auteur de ce reportage. Il rappelle que, derrière l’image d’un grand voilier classique, le Royal Clipper reste un navire contemporain dont la propulsion et les systèmes ont été intégrés à la silhouette.

Photo Horizon Duo — cinq mâts à l’horizon ; les deux mâts arrière intègrent aussi les échappements.
Orient Express Corinthian : la rupture d’échelle
Au bout de cette traversée historique apparaît Orient Express Corinthian. Construit à Saint-Nazaire, baptisé en avril 2026, il mesure 220 mètres. Trois voiles rigides SolidSail composent sa propulsion vélique. Les Chantiers de l’Atlantique présentent le projet comme le fruit de dix ans de recherche et développement.
Revenons à Lulu : entre le cotre de 1897 et ce géant de 2026, il y a 129 ans et presque un autre monde. Les matériaux, l’usage et l’échelle ont changé. Le vent, lui, demeure au cœur de l’idée. C’est ce contraste que nous voulions raconter en traversant le golfe, d’une silhouette à l’autre.

Photo Horizon Duo — Orient Express Corinthian et ses trois mâts, le 1er octobre 2026.
Voir le reportage en mouvement
La vidéo de notre reportage montre les bateaux dans le golfe, leurs déplacements et l’échelle du plan d’eau. Les photos de cet article invitent à s’arrêter sur leurs lignes, leurs gréements et les époques qu’ils font dialoguer.
Sept bateaux, une même question
De Lulu à Corinthian, ces rencontres ne forment pas un catalogue. Elles montrent des façons successives de préserver, de réinventer, de courir et de voyager sous voile. À Saint-Tropez, elles se croisent encore sur l’eau, au lieu de rester séparées dans des livres d’histoire.
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