Saranda â 48h sur lâautre rive de la MĂ©diterranĂ©e
Saranda est Ă Corfou ce que Paxos est Ă lâĂźle principale grecque : un contrechamp, une autre maniĂšre de vivre la MĂ©diterranĂ©e. Depuis la forteresse ou la promenade de Corfou, on distingue dĂ©jĂ ses immeubles blancs et sa baie en arc de cercle. Il suffit de monter sur un ferry et, en une trentaine de minutes, on change de langue, de monnaie, dâhistoire⊠mais pas de mer.
LĂ oĂč Corfou joue la carte de la carte postale bien rodĂ©e, Saranda assume un cĂŽtĂ© brut, presque inachevĂ©. Les hĂŽtels rĂ©cents cĂŽtoient des immeubles vieillissants, les cafĂ©s design voisinent avec des kiosques qui nâont pas changĂ© depuis vingt ans. Sur le front de mer, pourtant, la scĂšne est familiĂšre : familles en promenade, enfants en trottinette, retraitĂ©s au cafĂ©, touristes qui hĂ©sitent entre une glace et un cocktail au coucher du soleil.
AccĂšs et premiers pas Ă Saranda
Depuis Corfou, la liaison en ferry pour Saranda est directe et rĂ©guliĂšre, ce qui rend lâexcursion trĂšs facile Ă intĂ©grer dans un sĂ©jour dans les Ăźles ioniennes. En pratique, Saranda peut se vivre de trois façons :
- en aller-retour à la journée pour un aperçu rapide,
- en mini-séjour de 48h combiné avec Butrint,
- ou comme base pour explorer toute la Riviera albanaise jusquâĂ HimarĂ« et Vlora.
LâarrivĂ©e par la mer donne un premier contact fort : les montagnes en arriĂšre-plan, le port animĂ©, la grande promenade qui longe la baie. On est au sud de lâAlbanie, mais la ville regarde clairement vers la mer Ionienne et ses voisins : Corfou, le reste des Ăźles grecques, lâItalie un peu plus loin.
Pourquoi Saranda complĂšte parfaitement Corfou
Saranda ne cherche pas Ă concurrencer Corfou sur son terrain, elle la complĂšte. LĂ oĂč Corfou sâappuie sur un patrimoine vĂ©nitien et une offre touristique mature, Saranda propose :
- des prix encore trĂšs accessibles,
- une ambiance balkanique affirmée,
- et surtout un accĂšs Ă Butrint, lâun des sites antiques les plus remarquables de toute la rĂ©gion.
Pour un voyageur basĂ© Ă Corfou, Saranda joue le rĂŽle de âporte sur lâAlbanieâ. On vient y chercher autre chose : la curiositĂ© de passer une frontiĂšre maritime, le plaisir de dĂ©couvrir un pays dont on parle beaucoup mais que lâon connaĂźt encore peu, et la surprise de trouver des temples, un lagon Ă moules et des clubs de plage sur quelques kilomĂštres seulement.
Butrint : un parc archéologique au bout du lagon
Ă une vingtaine de kilomĂštres au sud de Saranda, Butrint offre un contraste saisissant avec lâagitation balnĂ©aire. ClassĂ© au patrimoine mondial de lâUNESCO, le site concentre plus de deux millĂ©naires dâhistoire : citĂ© grecque, station romaine, Ă©vĂȘchĂ© byzantin, place forte vĂ©nitienne.
La visite est Ă©tonnamment immersive. On chemine dans une vĂ©gĂ©tation dense, entre chĂȘnes et lauriers, avant de dĂ©boucher sur un théùtre antique, un baptistĂšre aux mosaĂŻques, des remparts et une acropole surplombant le lagon. La mer nâest jamais trĂšs loin, mais on se sent ailleurs : dans une sorte de parenthĂšse suspendue, oĂč les ruines dialoguent avec les cris des oiseaux et les clapotis de lâeau.
Ce lagon, justement, nâest pas quâun dĂ©cor : câest aussi une ressource prĂ©cieuse, notamment pour lâĂ©levage des moules, spĂ©cialitĂ© locale que lâon retrouve dans les restaurants entre Saranda et Ksamil.
Entre clubs balnéaires, Ksamil et riviera albanaise
En remontant ensuite vers Saranda, on touche du doigt la mutation rapide de la Riviera albanaise. Ă Ksamil, Ă quelques kilomĂštres de Butrint, les petites plages de sable et lâalignement de parasols en paille rappellent certaines Ăźles grecques, avec une densitĂ© dâinstallations parfois surprenante au regard de la taille du village.
Saranda, de son cÎté, a clairement pris le virage balnéaire :
- une promenade bordée de bars, hÎtels et restaurants,
- des clubs de plage qui animent les nuits dâĂ©tĂ©,
- des excursions quotidiennes vers des criques voisines.
Cette montĂ©e en gamme (et en volume) nâest pas toujours parfaitement maĂźtrisĂ©e, mais elle raconte quelque chose : la vitesse Ă laquelle lâAlbanie se reconnecte au tourisme international aprĂšs des dĂ©cennies de fermeture.
Saveurs locales : moules de Butrint et cuisine albanaise
La cuisine est lâun des meilleurs moyens de comprendre Saranda. On y retrouve le fond commun balkanique (viandes grillĂ©es, salades gĂ©nĂ©reuses, fromages locaux), mais aussi une forte influence mĂ©diterranĂ©enne liĂ©e Ă la mer Ionienne.
Parmi les incontournables :
- les midhje, moules du lagon de Butrint, servies à la vapeur, en sauce tomate légÚre ou gratinées,
- le poisson du jour, grillĂ© Ă lâhuile dâolive et au citron,
- la fërgesë, mélange de poivrons, tomates et fromage cuit au four,
- le tavĂ« kosi, gratin dâagneau au yaourt,
- les byreks, feuilletés salés au fromage ou aux épinards.
Ces plats se dégustent aussi bien dans des tavernes familiales du front de mer que dans des adresses plus contemporaines qui revisitent la tradition.
Saranda, une ville qui se cherche encore
Comme Paxos avec Netflix, Saranda connaĂźt un changement de statut, mais par dâautres canaux. Port longtemps secondaire, la ville est devenue en quelques annĂ©es une Ă©tape majeure sur la carte touristique des Balkans, grĂące Ă lâouverture de la Riviera, Ă la proximitĂ© de Corfou et Ă lâessor des vols vers Tirana.
Cette croissance rapide laisse des traces visibles : chantiers en cours, immeubles rĂ©cents qui modifient la silhouette de la baie, juxtaposition de cafĂ©s ultramodernes et dâimmeubles plus modestes. Mais câest aussi ce mĂ©lange qui rend le lieu intĂ©ressant. On nâest pas dans une station balnĂ©aire figĂ©e, mais dans une ville en transition, oĂč le futur se construit Ă vue dâĆil.
Pour le voyageur curieux, Saranda offre ainsi un double intĂ©rĂȘt :
- celui dâune base pratique pour explorer Butrint, Ksamil et la cĂŽte,
- et celui dâun observatoire vivant de lâAlbanie contemporaine, entre hĂ©ritage communiste, ambitions touristiques et attachement Ă une certaine forme de simplicitĂ©.
Saranda â une rive qui parle fort
LĂ oĂč Paxos âchuchoteâ, Saranda parle plus fort. Les nuits dâĂ©tĂ©, la musique des bars se mĂȘle au bruit des scooters, les ferries arrivent et repartent, les enseignes lumineuses se reflĂštent dans la baie. Pourtant, il suffit de quitter le front de mer, de monter quelques rues, ou de filer vers Butrint au petit matin pour retrouver le silence des lagunes et des ruines ombragĂ©es.
Saranda ne cherche pas Ă ĂȘtre parfaite. Elle est vivante, contrastĂ©e, parfois brouillonne, souvent attachante. Et câest prĂ©cisĂ©ment ce qui en fait un complĂ©ment idĂ©al Ă Corfou : une autre rive de la MĂ©diterranĂ©e, Ă portĂ©e de ferry, pour celles et ceux qui aiment voir ce quâil y a âen faceâ plutĂŽt que de rester sur le mĂȘme quai.