La création de bande dessinée assistée par intelligence artificielle est souvent présentée comme une rupture spectaculaire : fin du dessin traditionnel, automatisation des planches, accélération radicale des délais.
La rĂ©alitĂ© est plus intĂ©ressante â et plus nuancĂ©e.
Ce nâest pas la technologie qui transforme la bande dessinĂ©e,
mais la reconfiguration du rÎle du créateur.
Ă travers lâexploration rĂ©cente de workflows mĂȘlant ChatGPT, Gemini et des moteurs visuels, une Ă©vidence sâimpose : la BD assistĂ©e par IA nâest pas une affaire de performance, mais de mise en scĂšne.
Du dessinateur Ă lâorchestrateur
Lâun des changements les plus profonds nâest pas technique, mais conceptuel.
Le crĂ©ateur nâest plus nĂ©cessairement celui qui dessine chaque case.
Il devient celui qui met en scĂšne, structure et arbitre.
Dans ce modĂšle, lâIA ne remplace pas la crĂ©ation ; elle la fragmente en briques spĂ©cialisĂ©es :
- scénario
- découpage
- image
- texte
- cohérence éditoriale
Le cĆur du travail reste humain : vision, intention, rythme, sens.
Les points forts observés
1. Une accessibilité créative inédite
LâIA abaisse clairement la barriĂšre dâentrĂ©e.
Des profils capables dâĂ©crire, dâimaginer et de raconter, mais bloquĂ©s par le dessin, peuvent dĂ©sormais expĂ©rimenter le mĂ©dium BD sans renoncer Ă leurs idĂ©es.
2. Une structuration narrative plus rigoureuse
Les outils de génération de texte, en particulier pour le scénario, facilitent :
- la construction dâarcs narratifs longs
- la cohérence des personnages
- le découpage précis des scÚnes
Ils nâĂ©crivent pas Ă la place de lâauteur.
Ils accélÚrent la structuration.
3. La fiabilité éditoriale, un point clé souvent sous-estimé
Câest lâun des apports les plus concrets observĂ©s avec Gemini :
- absence de fautes dâorthographe
- respect strict du texte de départ
- reformulation sans trahir lâintention initiale
Dans une BD, chaque mot est visible.
Chaque faute casse lâimmersion.
4. Un gain de temps réel
Sans ĂȘtre magique, lâIA permet de rĂ©duire drastiquement certains cycles :
- tests visuels
- variantes de scĂšnes
- ajustements de dialogues
Le temps gagné ne sert pas à produire plus,
mais Ă choisir mieux.
Les limites Ă ne pas ignorer
1. Le risque du lissage
Sans direction claire, lâIA produit des contenus propres, cohĂ©rents⊠mais souvent sans aspĂ©ritĂ©.
Le danger nâest pas lâerreur.
Câest la neutralitĂ©.
2. La tentation de lâautomatisation excessive
Plus les outils deviennent performants, plus la tentation est grande de déléguer trop.
Une BD entiĂšrement « optimisĂ©e » peut perdre ce qui fait sa singularitĂ© : le doute, lâimperfection, le silence.
3. Une illusion de simplicité
Si le dessin devient plus accessible, la complexité se déplace :
- vers la conception
- la direction artistique
- la cohérence globale
Créer reste un métier.
Il change de forme, pas dâexigence.
Ce que lâIA change vraiment (et ce quâelle ne change pas)
LâIA ne dĂ©cide pas :
- de ce qui est important
- de ce qui doit ĂȘtre montrĂ© ou tu
- de lâĂ©motion Ă transmettre
Elle exécute, propose, ajuste.
La responsabilité du sens reste humaine.
La BD assistĂ©e par IA devient ainsi un art de la mise en scĂšne et du montage, plus quâun art du dessin pur.
Et maintenant ?
Cette exploration ne dĂ©bouche pas sur une Ćuvre dĂ©finitive, mais sur un essai crĂ©atif.
Un travail expĂ©rimental, volontairement imparfait, pensĂ© comme un laboratoire dâidĂ©es.
đ Les premiĂšres planches de cet essai seront mises Ă disposition gratuitement prochainement.
Elles ne cherchent ni Ă dĂ©montrer, ni Ă convaincre, mais Ă montrer concrĂštement ce que ces outils permettent â et ce quâils ne permettent pas encore.
Quelle histoire a-t-on réellement envie de raconter ?